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May 17 May 09 Chine : Guiyang à GuilinNous y voilà, en Chine profonde ! On traverse les provinces de Guizhou et Guangxi, à elles deux près de 90 millions d’habitants ! Mais aussi parmi les plus pauvres. Ici, les familles dérogent à la règle d’un enfant par famille : on a besoin de bras pour travailler la terre. Et la terre, dans ce pays de montagnes, on la trouve à flanc de coteaux, dans des terrasses séculaires, où hommes et bêtes font pousser le riz nourricier… Partout où nous passons, nous sommes frappés par le caractère agraire manuel : les charrues tirées par les buffles puissants, voire par les femmes, n’ont pas toutes un soc en métal, certaines sont entièrement en bois. De toute façon, la taille exiguë des parcelles, parfois sur des pentes vertigineuses, exclut toute mécanisation. Hommes et femmes, arborent le chapeau conique pour se protéger du soleil ardent, et à l’arrière de leur ceinture, un petit panier en osier abrite la serpette. Tous utilisent le palan et des paniers tressés pour transporter fourrage pour les bêtes, fumier pour le champ, et ainsi perpétuer le cycle… La Chine abrite plus de 80 minorités ethniques, et ces deux provinces en recensent environ 40. Nous avons vu principalement les Miao, les Dong et les Yao. Arrivés le soir à Guyang, capitale du Guizhou, nous avons pris la route dès le lendemain matin, sous la pluie, pour nous arrêter au village de Qingyan, avec ses remparts vieux de 600 ans, entourés de rizières au vert éclatant, ses 2 portes de la Longévité, graciles, et ses maisons de briques grises agrémentées de leurs lanternes rouges, rappelant le décor d’Epouses et Concubines…Premiers contacts avec les coiffes des femmes, le rituel du thé,… Puis nous visitons Matang, et comme c’est le 1er mai, jour férié, hommes et femmes ont revêtu leurs costumes de cérémonie et vont se rassembler sur la place du village pour faire la fête au son des lushengs, sortes d’instrument à vent à plusieurs pipes : nous irons voir sa fabrication par un artisan renommé. Pendant que les vieux assistent aux préparatifs ou s’occupent des tout petits, aux fesses nues sous leur pantalon ouvert à l’entrejambes, les vieilles filent et bavardent, les jeunes s’épient, et les plus jeunes pataugent dans l’eau… Arrivée à Kaili, où après la rapide visite du musée, bâtiment imposant, qui a dû connaître des jours meilleurs, nous allons déguster une excellente fondue chinoise… Le lendemain matin, Zan, notre guide nous régale de bao zhe, ces petits pains farcis de viande et légumes, qui fondent dans la bouche ! La route que nous devions prendre est coupée, il y a eu un éboulement dans la nuit, il nous faut donc prendre la route en reconstruction pour continuer notre périple. Il faut dire que les routes sont taillées dans la montagne et qu’après la pluie, il y a effectivement des éboulis, côté montagne, forçant les véhicules (par là : camions, voitures, carrioles, mobylettes à remorques, motos, tricycles, vélos, piétons, bétail, …) à se déporter sur la gauche, côté fleuve, créant ainsi des effondrements des bas-côtés. Cette route là, défoncée de partout, ne mérite plus son nom de route : c’est une piste, aux pierres saillantes, aux nids de poule profonds, où l’on circule à coups de klaxon, où on se double sans visibilité, où je ferme les yeux en priant pour que les soutènements résistent, encore une fois au moins, sous notre poids… Partout de lourds camions déposent leur cargaison de rocs et de pierres, qu’hommes et femmes charrient à la main ou avec de pathétiques paniers en osier. Les parpaings sont moulés sur place et le mélange de béton est fait à l’aide d’une pelle…La poussière est omniprésente, nous avançons à pas de fourmi. Interrogé, un ouvrier annonce qu’il y a encore pour un an de travaux, je crois qu’il se trompe d’un rapport de 1 à 10 ! La force de la Chine est là sous nos yeux : peu de moyens techniques, mais des bras en nombre…. Nous passons nos premiers villages Miao. Nichées à flanc de montagne, les maisons sont tout en bois, plutôt grandes, le toit en fines tuiles noires, d’architecture harmonieuse. Elles rappellent, en plus grand, certains chalets de nos montagnes. Au rez-de-chaussée, les bêtes, au premier les hommes, en haut, le grenier. Et quelques appentis, souvent sur pilotis (pour éviter les rats), au toit en écorce d’arbre, pour stocker les récoltes. Au détour du sentier, un cabanon fermé d’un portillon, avec au sol deux planches parallèles donnant sur un trou de 3m : vertige s’abstenir… mais pour moi, rien qu’à l’odeur, l’envie est coupée net ! Dans les maisons, il y a l’électricité, permettant à une chiche ampoule d’éclairer faiblement la pièce, mais vu l’état des circuits, on se demande comment ça fonctionne. D’ailleurs notre guide annonce que beaucoup de villages brûlent… Seul signe de développement, les antennes paraboliques s’offrent généreusement à la vue, incongrues : la télé est dans tous les foyers et allumée matin et soir, on y suit avidement, quand les tâches ménagères le permettent, les « dramas » (séries télévisées) coréens doublés en chinois, qui ici aussi font recette...En revanche, si l’eau est omniprésente dans les villages (fleuve, sources,…), il faut aller la chercher pour la ramener dans les maisons…La lessive se fait à la main et au battoir. On voit sécher même les couches culottes… La pièce qui sert de cuisine ne contient qu’un âtre, dans le meilleur des cas surélevé, mais souvent à même le sol. Un immense wok noirci est la pièce maîtresse de la batterie de cuisine… Pas de meubles, si ce n’est quelques étagères ou placards de bois. Le sol est nettoyé à l’aide balais fabriqués manuellement avec de la paille de riz ou de sorgho. Et toujours ces sourires qui vous accueillent, parfois curieux, parfois méfiants, toujours généreux. Les villages Dong sont semblables à ceux des Miao, ils sont toutefois aisément reconnaissables, car à chaque village, il y a une tour du tambour, genre de pagode au nombre d’étages impairs, sous laquelle peut se rassembler la population. Il y a en principe, une tour par famille, mais souvent, famille et village sont assimilés… De surcroît, on trouve toujours chez les Dong un pont couvert, appelé Pont du Vent et de la Pluie, superbe ouvrage, destiné à abriter les villageois travaillant aux champs en cas d’intempérie…. Enfin, autre particularité, les jupes plissées indigo, pièce du costume des femmes Dong, qu’elles teignent elles-mêmes, sèchent sur des paniers en osier retournés, afin de conserver leur forme… Dans le premier village Miao où nous nous sommes arrêtés, une cérémonie avait été commandée par un groupe de 3 israéliens en visite, comme nous, que nous avons d’ailleurs retrouvés ça et là tout au long de notre périple…Tout le village avait mis son costume de fête et nous avons pu admirer les lourds colliers d’argent, les riches broderies, les coiffes aux longues cornes… Dans un autre village, à Paika, les garçons au crâne rasé gardent une touffe de cheveux sur la tête jusqu’à l’âge de 16 ans, date à laquelle le chef du village leur confectionne un chignon, lors d’une cérémonie d’intronisation, validant ainsi le passage à l’âge adulte et le droit de siéger au conseil du village pour prendre part aux décisions. Dans ce même village nous remarquons de grands espaliers en bois : il s’agit en fait de séchoirs pour le riz ou le sorgho, chaque famille possédant le sien et ayant un rayon par membre de la famille. J’en compte en moyenne 9, les aïeuls, les parents, les enfants…Lorsqu’un membre décède, son rayon est ôté du séchoir et sert à porter le corps. Les morts sont enterrés dans la montagne, selon les règles du fengshui (dos à la montagne, face à la vallée…). Nous avons vu de nombreuses tombes, mais beaucoup semblaient à l’abandon, à la merci d’une extension du village pour une nouvelle terre cultivable ou une nouvelle habitation. Certes pour le touriste, les gens font des efforts et revêtent le costume, organisent des spectacles, mais j’ai franchement eu l’impression qu’ils le font avec spontanéité et plaisir, les anciens adorent cela : chanter, danser, s’amuser, probablement leur seul luxe dans une vie de labeur…Je crois aussi que les jeunes perpétuent les traditions. Nous les rencontrons coiffés et parés des vêtements de leur tribu pour aller à l’école, même si aujourd’hui encore, certains font plusieurs kilomètres à pied tous les matins et marchent parfois pendant plusieurs heures pour aller étudier. Les usages pour se fréquenter, se marier, se coiffer, sont respectés… Mais la télé, le téléphone portable, les touristes, n’auront-ils pas bientôt raison des coutumes tribales et des chants et danses traditionnels ? Arrivée à Zhaoxing : le village est composé de 5 familles, donc 5 tours du Tambour et 5 ponts du Vent et de la Pluie. Tout autour, des rizières. On a une vague impression d’être à Venise, tant l’eau est omniprésente. Le village est en effervescence, on construit des hôtels de toutes parts : scie manuelle, serpette… Sur les portes des maisons, des feuilles sont punaisées. Notre guide traduit : nom, sexe et date de naissance des personnes habitant la maison, études, diplômes obtenus, quand et où… J’essaie mentalement d’imaginer la transposition de ce système en France ! Départ pour Longji : nous sommes dans les montagnes, de plus en plus haut, de plus en plus vertigineux. D’ailleurs, la route s’arrête et pour atteindre le village il faut marcher 30 minutes par des sentiers entrecoupés de marches et recouverts d’ardoises. Des porteuses offrent leurs services pour amener les bagages à bon port. Celle qui prend le sac d’Alain est aussi haute que le sac lui-même, mais charge la hotte dans lequel elle l’a déposé d’un coup de reins habile et vigoureux. Elles vont papoter et rire tout le long de la montée, alors que nous peinons à reprendre notre souffle… En dépit des baraques à touristes qui offrent les mêmes articles tout le long du parcours, malgré les hôtels qui fleurissent, élargissant le village et détruisant des rizières, le village reste encore un peu authentique. Il règne un caractère de montagne et une ambiance de refuge dans notre hôtel. La vue de notre chambre, sur les terrasses inondées est grandiose. La balade que nous faisons au milieu des rizières, malgré la pluie intermittente, est inoubliable. Et pourtant, on se dit que dans 10 ans, il y aura sans doute un funiculaire ou des œufs pour relier le village à la vallée, que la rivière ne coulera plus claire comme aujourd’hui, charriant déjà des bouteilles et canettes vides et des sacs plastiques. Chaque médaille a son revers… En chemin nous croisons des femmes Yao Rouges, qui nous font démonstration de leur particularité. Jeunes filles, elles laissent pousser leurs cheveux jusqu’à leurs 16 ans, date à laquelle on les leur coupe court. Ce postiche est conservé précieusement, ainsi qu’un deuxième qu’elles confectionnent avec tous les cheveux qu’elles peuvent récupérer (brossage). Ces deux queues de cheval, longues de plusieurs mètres, viennent grossir leurs propres cheveux longs en une énorme torsade qu’elles enroulent savamment sur le dessus de la tête, puis qu’elles recouvrent d’un fichu, décoré ou non, selon qu’elles sont mariées ou non…. Nous redescendons les montagnes, le vert tendre du riz qui lève alterne avec le vert plus foncé des théiers alignés en rangs serrés, et nous arrivons dans une grande plaine où s’alignent les orangers. La récolte, le tri, la mise en sacs, et la manutention, tout ici encore est manuel…Arrivée à Guilin : comme dans toutes les grandes villes, on marche encore et encore : les 4 lacs et leurs pagodes, promenade agréable. La rue piétonne et la clock tower, le parc de l’Eléphant, abritant une falaise de calcaire avec un arche : on a les mêmes à Etretat ! Le Prince Garden, ou ancien palais avec son étang et le pain de sucre surprenant au milieu…Après un dîner excellent, nous arpentons le marché de nuit où se presse une foule bruyante… Départ le lendemain matin pour la croisière qui va nous mener de Guilin à Yangshuo, en descendant la rivière Li. Spectacle magnifique et presque irréel de ces pains de sucre jaillissant de tous côtés, ceux du premier plan nets, les autres émergeant à peine de la brume, le tout ourlé des silhouettes graciles des bambous à queue de dragon….Soudain, les nombreuses peintures asiatiques que nous avions, il faut l’avouer, un peu ignorées jusqu’ici, prennent alors plus de sens…Ca et là, des cormorans attendent la nuit pour aller faire leur besogne et ramener leur 1 à 2 kg de poisson. La rivière attire son lot de chalands, qui viennent tenter leur chance auprès des touristes que nous sommes, en agrippant audacieusement leur frêle embarcation aux flancs de notre bateau. A Yangshuo, plus de doute possible, ici, nous sommes dans une ville touristique. Chinois et Occidentaux se côtoient pour le plaisir des vendeurs, restaurateurs, guides et hôteliers. L’Anglais redevient langue commune. Notre hôtel est en plein milieu de West Street, un peu à l’écart, une ancienne maison de maîtres, avec cour intérieure et belles boiseries. L’après midi, nous montons allègrement les 500 marches de la Montagne de la Lune, ainsi nommée car elle forme un arche surprenant, profitant ainsi d’un panorama exceptionnel, puis allons voir un arbre vieux de 2000 ans, à tel point que les branches les plus lourdes émettent une racine qui va devenir un vrai tronc destiné à les soutenir : la nature fait décidément bien les choses. Le soir, nous assistons à un spectacle monté en 2004 par Zhang Yimou, le réalisateur, qui a aussi préparé l’ouverture des JO de Pékin. Spectacle époustouflant de sons et lumières, traitant des scènes simples de la vie quotidienne des gens, ces mêmes personnes que nous venons de croiser : vie au champ, vie sur le fleuve, ethnies minoritaires en costume et leurs chants polyphoniques,…et là encore des figurants (au total 600) qui donnent de la Chine toute la dimension de ce pays…. Pour notre dernier jour, nous décidons de faire une ballade en vélo. Notre jeune guide est souriante et efficace. Elles nous emmène au milieu des rizières voir d’anciennes maisons, dont certaines sont à l’abandon : tristesse de ces villages fantômes, où des boiseries encore intactes semblent soutenir encore les pierres prêtes à tomber. Un couple nous fait visiter sa maison. Pièces grandioses, boiseries magnifiques. Les meubles sont chiches et simples, l’endroit est poussiéreux... Ils nous montrent dans l’arrière cour deux magnifiques coffres décorés et peints, dont ils sont visiblement très fiers : leurs cercueils sont prêts… Arrêt buffet au bord de l’eau : on pêche le poisson pour vous dans la rivière ! Le pont des Neuf Dragons est là, majestueux du haut de ses 600 ans, dont le reflet dans l’eau forme un rond parfait avec l’arche dodue…De multiples radeaux offrent la balade retour, mais nous reprendrons vaillamment nos vélos pour rejoindre l’hôtel. Fin du séjour… L’autoroute qui nous amène à l’aéroport est flambant neuve. Il n’y a personne. Il a fallu creuser la montagne pour suivre le tracé, mais je ne suis pas sûre que le béton coulé fraîchement sur les parois abruptes soit assez efficace pour empêcher les éboulis et glissements de terrain : un emplâtre sur une jambe de bois ! Mais bon, on est en Chine, alors…. |
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