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November 07 Danse traditionnelle coréenne 5 nov 09Une belle journée de novembre, il fait bon, il y a du soleil et nous sommes invitées ce jeudi 5 novembre dans la maison de campagne d’une de nos amies coréennes, qui nous propose une démonstration de danse traditionnelle coréenne. Dans l’allée jonchée des feuilles or des ginkos apparaissent notre hôte, Amélie, toujours l’appareil photo en main, et les danseuses, en hanbok (costume traditionnel) coloré. Assises sur la pelouse, devant la maison, nous assistons au spectacle, dans un décor naturel paysager magnifique. Les coréennes sortent leurs parapluies pour s’abriter du soleil. Les danses présentées sont très codifiées : celle avec l’éventail représente les sentiments féminins, celle avec le foulard est exécutée sur la célébrissime musique de Arirang, un chant national…Le maître de danse, une magnifique femme de… difficile de dire son âge, mais on voit qu’elle n’est pas toute jeune, entre alors en scène pour exécuter la danse royale de bénédiction et hommage à la terre et au ciel : seules les danseuses chevronnées peuvent techniquement interpréter cette danse. Les costumes chamarés, les soies chatoyantes sont du plus bel effet. A l’issue du spectacle, nous recevons un plateau repas coréen : du lotus, des petites galettes de poisson, courgettes, feuille de sésame fourrées de viande et soja, du poisson, des chapjae (nouilles de patates douces avec des légumes), des tiges d’ail (qui ne sont pas sans rappeler nos haricots verts qui nous manquent tant ici !), un délicieux bulgogi (viande marinée, grillée au barbecue) et bien sûr du riz et une petite soupe d’algues. Pour le dessert, des françaises bien attentionnées avaient prévu moelleux au chocolat, cake au citron…Et même du café : le fameux mix coréen, qui au café soluble mêle sucre, lait et arôme caramel… Encore une fois, une organisation sans faille, pour le plaisir de toutes et un merveilleux souvenir à engranger encore dans nos aventures coréennes. October 10 Angkor oct 09Lorsque l’avion atterrit à Siem Raep à 22 :30, on constate que la piste est bien mouillée, normal, la météo consultée avant le départ annonçait pluie, pour les 3 jours…Tant pis, on fera avec ! Le visa d’entrée nous est octroyé, moyennant finances, à un guichet, où nous déposons les formulaires remplis et où notre passeport va circuler de mains en mains le long d’une brochette d’une dizaine d’officiels assis en rang d’oignons, qui chacun va exécuter une tâche mystérieuse de 2 secondes, passer le passeport au suivant et ainsi de suite pour que le dernier en bout de chaîne, mette fin à ce curieux ballet et nous appelle afin de nous remettre notre passeport en règle : drôle de team work, mais efficace ! Pour une fois, nous retrouvons notre nom en grand dans le hall d’arrivée : nous sommes attendus et notre jeune chauffeur nous emmène sur son destrier : un touk-touk. Comprenez une moto tirant une carriole sur 2 roues à 4 places (2x2 en vis-à-vis). Nous voilà partis, le vent apaise la moiteur de l’air. Nous roulons sur une large route, mais de part et d’autre c’est l’eau : on a l’impression d’être au milieu d’un lac. Sauf que de temps à autre notre chauffeur ralentit, car la route est inondée. Nous passons quand même dans de joyeuses éclaboussures. Le long de l’aéroport, grand hôtels illuminés, mais ils ont l’eau jusqu’à leur porte, donc en-dessous... On arrive en ville. Là aussi, des échoppes et magasins illuminés, mais chacun a les pieds dans l’eau. On tourne à gauche, cette fois nous sommes sur un sentier avec des nids de poule que notre chauffeur évite adroitement. On est obligé de lui faire confiance. Aux endroits inondés, l’eau est un peu plus haute ici et les passages se négocient difficilement. Pourvu qu’on ne tombe pas… Nous voilà arrivés à l’hôtel. Une jeune femme nous accueille et dans un bon anglais nous explique qu’il a plu pendant 28 heures sans discontinuer et que l’hôtel est inondé, les bungalows sont sous 30 cm d’eau. Ils peuvent nous coucher à l’étage, mais comprendraient très bien qu’on ne souhaite pas rester. Il est 23 :30, pas envie de retourner (pour aller où ? on a vu beaucoup d’eau en route !!!). Il nous faut donc mettre « pied à terre ». Je décide aussitôt d’ôter mes chaussures, réalisant soudain que je porte encore les bas de contension du voyage. Qu’à cela ne tienne, j’ôte le jean et les bas, le strip-tease sera gratis pour notre chauffeur !!! Heureusement je porte une tunique assez longue pour cacher une partie de mon string ! Alain se fait un short en dézippant les bas amovibles de son pantalon. Des gens de l’hôtel prennent nos bagages et nous voilà partis avec notre accompagnatrice et sa lampe de poche dans 30 cm d’eau. Le bruit du clapotis déchire la nuit. Nous sommes sur des caillebotis, mais je ne vois rien et crève de peur de glisser ou de m’éloigner du chemin et de tomber en contrebas, aussi je m’applique à bien suivre notre guide… Nous grimpons à l’étage d’un bungalow et là : pas d’électricité. La fille nous demande d’attendre et revient nous annoncer qu’il y en a dans un autre bungalow, alors on redescend (parenthèse pour dire que les escaliers au Cambodge sont plutôt des échelles de meunier, raides, aux marches étroites, hautes et à clairevoies… Pieds nus, de nuit, à la lampe de poche, vous imaginez le tableau…), on se remet dans l’eau et nous voilà enfin installés. La chambre est sympa, en brique rouge et en bois. On verra demain pour un autre hôtel, pour l’instant, dodo !!! Dès 7h demain matin nous prenons connaissance des alentours sous l’eau. Le bâtiment principal de l’hôtel, un peu en contrebas est lui sous 50 cm d’eau, les meubles sont posés sur des briques, la réception s’est réfugiée sur le billard, lui aussi réhaussé ! On nous porte le petit déjeuner dans la chambre, que nous prenons sur la terrasse. A 8h nous retrouvons Kosal, notre guide pour 3 jours. Et c’est reparti en touk touk. Il ne pleut pas, même si le ciel est menaçant. Premiers contacts avec la ville de jour : des mobylettes, des vélos partout, quelques camionnettes et voitures. Le marché est sous l’eau, les vendeurs sont au bord de la route. Ca klaxonne, ça bouge dans tous les sens, ça s’invective... Nous pénétrons dans le site d’Angkor. De larges avenues bordées de forêt aux arbres immenses nous mènent à notre premier temple : Bayon (prononcer comme le nom du jambon !), temple à l’origine dédié à Brahma, le dieu créateur hindouiste, avec ses tours aux 4 visages, qui semblent vous surveiller. Nous sommes surpris de l’ampleur de l’édifice… et des travaux de rénovation qu’il appelle…Pratiquement tous les temples que nous verrons sont sur le même modèle : des remparts, de larges douves, une enceinte avec des galeries et des tours au centre…Autour de celui-là, la majestueuse terrasse des éléphants, face aux 12 tours (une pour chaque femme du roi dit-on), d’où le roi assistait aux fêtes ou au défilé de ses troupes. Après un repas dans une gargote à touristes (un régal que ces curry khmers parfumés et doux !), nous nous dirigeons vers Ta Phrom. Les alentours du temple sont inondés, c’est donc pieds nus dans l’eau que nous nous mêlons aux autres touristes pour admirer le vert des pierres moussues. Mais la particularité de ce temple, ce sont les fromagers, ces arbres gigantesques qui viennent, vengeurs, reprendre leurs droits sur la nature. Leurs racines s’étalent comme des poignes griffues sur les toits ou les galeries de l’édifice et donnent à l’arbre majestueux un aspect de prédateur maléfique. Juste avant le coucher de soleil, gâché par un énorme nuage noir, nous faisons la balade qui nous monte jusque Phnom Bakheng , monument du IXème siècle, érigé sur un petit plateau, que les éléphants gravissent de leur côté, pour amener des touristes dodelinant au gré du pas sûr et nonchalant du pachyderme… Retour à notre hôtel à la nuit tombée : l’eau n’a pas baissé. Nous ne nous sommes guère préoccupés de changer de lieu, il est tard, il ne nous reste que deux nuits, on décide de rester ici jusqu’à notre départ. Notre hôte nous propose de nous amener deux repas dans notre chambre : encore un curry délectable, que nous prendrons sur notre terrasse en compagnie de nos voisines de chambre, deux autres touristes françaises, ici depuis 4 jours, en transit pour le Laos. Devant l’originalité de la situation, et l’apéro aidant, les langues vont bon train et nous passons une fort agréable soirée, pimentée par la visite d’un gecko sauteur peu farouche ! On devait aller voir un temple un peu éloigné ce matin, mais Kosal nous propose une petite diversion vers une cité lacustre. Nous prenons la N6, vers Phnom Penh, le long de laquelle s’étendent de vertes rizières. Puis, nous nous enfonçons sur une route caillouteuse, au bord de la rivière en crue, qui devient bientôt un chemin tellement défoncé, que nous ferons les dernières centaines de mètres à pied. Partout où nous passons, nous surprenons les habitants dans leurs activités quotidiennes : laver les légumes, étendre du linge, balayer la terre rouge de la cour, allaiter un enfant, réparer une roue de vélo… Partout on nous salue de « Hello » voire « Good Bye » sonores et souriants, les touristes se font plus rares ici. Arrivés à l’embarcadère, nous montons à bord d’un long bateau coloré, qui au bout d’une demi-heure nous amène au village sur pilotis. De nombreuses barques sillonnent les canaux, avec des ménagères venues vendre leurs fruits et légumes, des hommes partant relever les filets de pêche posés ça et là dans la mangrove environnante. Sur les balcons, les familles préparent la fête des moissons (la pleine lune est pour demain) en fabriquant des gâteaux de riz enveloppés de feuilles de bananier. Nous nous arrêtons pour monter visiter une maison. Vivent là les deux sœurs et leurs maris, chacune avec respectivement 2 garçons et 2 filles. L’habitation culmine à 6 m de hauteur, ne comporte que 2 vastes pièces, sans meubles, quelques clous ou étagères le long du mur pour stocker les maigres affaires, des hamacs et des nattes un peu partout. Sur un coin de la terrasse arrière, la cuisine, dont les ustensiles rutilants sont alignés sur un pan de mur, jouxtant les brosses à dents. L’eau de pluie est recueillie dans de vastes urnes en grès ; en cas manque, c’est l’eau du fleuve qui est pompée, mais elle doit être bouillie et filtrée…L’eau tiédie de la bouteille dans mon sac à dos me paraît soudainement exquise…La plus âgée des filles attrape entre ses deux doigts une bestiole (un pou ?) sur la tête de sa soeur…Nous reprenons notre route pensifs… A quelques mètres de là, juste après la mangrove s’ouvre le lac Tonlé Sap, gigantesque, majestueux, une véritable réserve à poissons. D’ailleurs nous y observons une embarcation relever les paniers à écrevisses : il y aura largement de quoi manger ce soir dans cette famille… Le retour se fait à vive allure et nous passons l’après-midi au temple de Banteay Srei, ou Temple des Femmes, en raison des Apsaras (danseuses) et des bas reliefs d’une finesse exquise. Tellement belles qu’André Malraux a risqué la prison pour en avoir volé deux, qu’il a par la suite restituées : nos ministres ne sont pas des saints ! Nous passons la soirée dans un gigantesque restaurant où en dégustant un buffet de spécialités, on assiste à un spectacle de danses traditionnelles. Très touristique, certes, mais vaut le détour… Dernier jour, on garde le meilleur pour la fin : AngkorVat : le plus immense des temples, des galeries sans fin, toutes décorées de bas reliefs relatant les histoires de Vishnou, Ramâ et Râvana, se disputant Sîtâ, les armées de singes et les éléphants, les nagas (ou serpents à 3, 5, 7 ou 9 têtes), le dieu-roi Indra, Yama le dieu des Enfers… bref, ce sont ici les ancêtres de ces dramas télévisés qui de nos jours captivent les foules ! Les cinq tours intérieures (la grande flanquée de quatre plus petites) ne se visitent plus : les escaliers vertigineux ont fait des blessés récemment et leur accès est désormais interdit. Mais alentour, il reste encore de beaux vestiges en couleurs, des apsaras délicatement ciselées et des perspectives impressionnantes. Nous quittons le site la tête étourdie de ces grandeurs pour aller nous recueillir dans le petit temple de Preah Khan, ou Epée Sacrée du Roi, dédié aux soldats tombés dans la bataille contre les Chans. Là encore foultitude de détails subsiste, témoignages d’un passé grandiose, que la nature vient envahir. Nombre d’associations déléguées par de nombreux pays s’attachent à restaurer les sites, mais le chantier nous semble colossal. A Bayon, un écriteau affichait ‘fin des travaux prévue en 2010’, et nous a fait sourire : ils doivent se tromper d’un siècle ! Mais même affaissés, les temples restent majestueux… Gageons que même si on ne leur restitue pas leur intégrale splendeur, on saura préserver au moins les trésors que nous y avons découverts, grâce à Kosal, pendant ces trois jours… August 29 Médecine août 09Hôpital
Pour ceux qui suivent nos péripéties, je rentre de notre séjour aux Fiji avec des côtes cassées. Par conséquent, dès notre arrivée à Séoul, je me fais assister par la secrétaire d’Alain pour qu’elle me prenne un rendez-vous à l’hôpital le plus proche de chez nous avec un médecin parlant anglais, afin de vérifier que je suis en bonne voie de guérison…
Entrée dans l’hôpital, hall clair, un peu comme un lobby d’hôtel, en plus animé. Des patients se promènent en pyjama avec leurs perfs sur roulette, entourés de famille ou d’amis venus leur rendre visite. Ceux-ci viennent avec des paniers garnis de victuailles, voire avec leurs effets personnels pour dormir sur des fauteuils dans des sortes de salle d’attente réservées à cet usage pour les visiteurs venant de loin. Serviettes de toilette et couvertures sont à leur disposition.
En ce qui me concerne je me dirige vers l’accueil, où une religieuse (nous sommes à l’hôpital catholique de Sainte Marie, et d’ailleurs, force statuettes de Vierge ou Crucifix le rappellent dans les différentes salles où je passe) m’indique en anglais le bureau des soins pour étrangers, un peu plus loin sur la droite. Là, deux personnes sont à l’accueil et me font remplir un formulaire en anglais avec mes coordonnées. Elles me prennent la tension et le pouls à l’aide d’une machine dans laquelle on passe le bras et qui vous sort un timbre poste avec les données recueillies, puis me font passer sous une toise, qui outre la taille, donne aussi le poids et la masse graisseuse de façon électronique. Je leur remets ma carte de sécurité sociale coréenne. En dépit de mon rendez-vous, elles m’expliquent qu’il me faut d’abord passer par le médecin de famille pour obtenir un entretien avec un spécialiste. Ce n’est qu’à ce titre que la sécurité sociale coréenne peut me rembourser une partie des frais. Ce qui somme toute est à rapprocher du médecin référent en France, sauf qu’ici, pas de déplacement, tout est sur place : le médecin de famille, c’est le bureau d’à côté.
Munie de ma carte d’hôpital fraîchement acquise, une personne à l’accueil entre mes coordonnées dans son ordinateur et mon nom (en coréen !) apparaît sur un des 4 écrans jouxtant les 4 portes des 4 médecins officiant ce jour-là. Je prends donc mon tour sur les sièges. Le médecin parle anglais et au vu de mon cas n’hésite pas à me prescrire un rendez-vous avec un spécialiste des os. Une bénévole, reconnaissable à sa blouse rose, m’accompagne alors au troisième étage, où là encore, à l’accueil, on pianote mes coordonnées pour que mon nom s’affiche devant une des portes. Le médecin parle également anglais, s’étonne des clichés fidjiens que je lui ai amenés (on ne fait plus ce genre de clichés depuis longtemps !) et me prescrit immédiatement une radio de contrôle. Ma fidèle bénévole m’accompagne au second étage pour le cliché. Même processus : elle rentre mon numéro sur un écran tactile et l’ordinateur m’assigne une des huit portes, devant laquelle j’attends mon tour. Les clichés ne prennent que quelques secondes, à peine le temps de remonter au troisième, que le professeur les a déjà reçus sur son ordinateur, étudiés et m’explique en détail, avec zoom à l’appui, ce qu’il en est. En fait il confirme tout ce que le médecin de Nadi m’avait expliqué, ce qui rétrospectivement me rassure ! On se revoit dans un mois pour vérifier tout ça… Je repasse au rez-de-chaussée, au bureau des étrangers, où une personne m’accompagne à la caisse. Consultation généraliste, consultation spécialiste, radiographies, le tout me revient à 40 euros (45 si on inclut la part prise en charge par la sécurité sociale coréenne…), et en deux heures... Sur la facture est indiqué qu’à 11 :43 ce jour là je suis le patient n° 5238… Preuve encore, s’il en faut, que l’efficacité à la coréenne ce n’est pas un mythe…
Lunettes
Jérémie doit faire changer ses verres de lunettes, ils ne sont plus adaptés à sa vue. Pas moyen d’obtenir un rendez-vous avec l’ophtalmo en France, il aurait fallu s’y prendre en mars pour juillet, et à l’époque, l’ophtalmo était le cadet de ses soucis… Nous tentons donc le coup pendant sa journée de transit à Séoul, juste avant notre départ en vacances. Dans la petite boutique de lunettes de Banpo, Jérémie s’installe dans un fauteuil de l’arrière-salle, un petit recoin sombre, où une machine va mesurer sa vue en quelques minutes. Pour les verres, on essaie d’expliquer qu’on part en vacances, qu’on revient dans quinze jours et qu’il pourra alors les récupérer. L’homme a l’air surpris et nous répond qu’il ne voit pas le problème, puisqu’il peut les faire… dans la demi-heure ! Par ailleurs, le prix des verres est ici le tiers de ce que l’on paie en France (même fournisseur, même qualité). Effectivement, une demi-heure plus tard, les lunettes sont prêtes et de surcroît toutes les lunettes de la famille sont nettoyées dans un appareil à ultra sons ! Service, service : ça c’est la Corée!
Fidji Août 09
On voulait du soleil, de la mer, de l’exotisme… On a eu tout ça.
Ca commence par un retentissant « Bula » (prononcer boula), par lequel tout est dit : Bonjour, bienvenue, comment ça va ?, et le tout assorti d’un large sourire. Parlons en de ce sourire : la dentition est soit parfaite, soit il manque des dents ou des bouts de dents, permettant ainsi à chacun d’arborer fièrement des insertions d’or sur ses dents….Coquetterie locale, sans doute.
Situées à l’est de l’Australie, près de la Nouvelle Calédonie, il y a environ 330 îles à Fidji, de la plus grosse Viti Levu, avec la capitale Suva et l’aéroport de Nadi, à la plus petite, un tiers étant inhabitées. Plus à l’est encore se trouve la Polynésie française. Notre séjour nous a emmenés dans l’archipel des Yasawas au nord ouest de Viti Levu, puis un peu plus au sud, dans les Mamanucas.
Le séjour à Nadi est à oublier : l’hébergement y est cher et sans âme (marina de Denarau avec son Radisson, Hilton et autres…), ou carrément des auberges de jeunesse avec dortoirs et confort précaire (et la « faune » qui va avec !), quand ce ne sont pas des hôtels de moyenne catégorie confortables, certes, mais bétonnés et sans aucun charme. En revanche, partout cet accueil chaleureux et inoubliable. De toute façon, pas moyen d’y échapper : c’est de Nadi que partent tous les bateaux qui vont vous emmener en excursion pour explorer d’autres contrées…
En ce qui nous concerne, nous commençons par une croisière de 4 jours, sur une goélette de 108 pieds. L’équipage nous y accueille avec guitare et chants polyphoniques locaux : on est dans l’ambiance. Avec nous, entre autres, 16 jeunes de nationalités différentes, étudiants en architecture à Brisbane, venus faire un «voyage d’études » (j’en veux !!!) avec leur prof américain, marié à une Fidjienne…Une aubaine pour nos deux garçons, qui n’ont pas mis longtemps à briser la glace et à s’intégrer. Premier mouillage pour chausser palmes et ajuster masque et tuba afin d’admirer des coraux et de jolis poissons, dont de petits bleus presque fluorescents….En remontant sur le bateau, l’échelle glisse et les deux personnes qui m’aidaient à remonter me lâchent violemment contre le bateau : douleur intense, souffle coupé, ce n’est que quatre jours plus tard, de retour à Nadi, qu’après radio, le diagnostic se confirme : trois côtes cassées. Mais rassurez-vous, en dépit des douleurs et des difficultés à dormir, mon voyage n’aura pas été du tout gâché ! Nous faisons escale à Barefoot Lodge : 20 bungalows, à la pointe d’une île envahie par la forêt tropicale. A gauche plage de sable blanc avec lever de soleil, à droite, plage de sable blanc avec coucher de soleil. Des hamacs sous les arbres. Dur, dur ! Ici le confort est à l’état brut : un lit et une moustiquaire dans le bure (prononcer bouré), 4 vantaux en bois en guise de fenêtres. Pas d’électricité. Toilettes et douche (froide, mais même moi ça ne m’a pas rebutée !) dans des cabanons au milieu des cocotiers et des hibiscus. Dans le bure principal, du sable partout : Barefoot Lodge porte bien son nom ! Et de grandes tables recouvertes de nappes fleuries, avec des bancs où chacun vient s’asseoir pour discuter, manger, jouer, déguster les cocktails ou siroter sa bière. Souvent, un des membres du staff attrape sa guitare ou son ukulélé (toute petite guitare) et pousse la chansonnette, bientôt rejoint par les autres… Le lendemain, on s’arrête en route pour nager avec les raies manta : majestueuses et élégantes, elles ouvrent grand leur bouche (et quand je dis grand, elle est vraiment démesurée !) et font des loopings pour attraper plancton ou krill…Un grand moment. On les reverra le lendemain, par temps plus calme et encore plus énormes….Puis on lève l’ancre, direction vers le village de Soso, où les villageois nous accueillent encore avec chaleur et sourires. Les maisons sont simples et propres, colorées. La cuisine se fait à l’extérieur sur un âtre à bois, ou au mieux alimenté d’une bonbonne de gaz. Les enfants sont à la fête (et même les grands !) avec les sucettes que leurs distribuent nos étudiants. Après recueillement dans l’église : un simple bâtiment blanc, bleu et vert (tiens, ça me rappelle quelque chose ces couleurs !!!!) où nous laissons notre obole, nous rejoignons la salle commune où le chef et les hommes sages, affublés de pagnes, de colliers et bracelets en végétaux tressés nous attendent pour la cérémonie du kava. Le kava est une plante dont les îliens extraient la racine, la font sécher et la pilent dans un mortier. Puis cette poudre est placée dans un linge et on la fait infuser dans un grand bol rempli d’eau. Ensuite les chefs (visiteur et hôte), par l’intermédiaire de leur porte-parole, échangent des formules inconnues de nous, accompagnées de frappements de mains sonores. Puis le premier bol de kava est offert au chef, et ensuite au chef en visite : il faut frapper une fois dans ses mais pour accepter le présent, dire Bula, boire d’un trait et rendre le bol pour enfin finir le rite et frapper trois fois dans les mains pour remercier. Les hommes boivent d’abord, puis les femmes. Le kava est un peu amer, légèrement astringent. Il est dit avoir des propriétés anesthésiantes et relaxantes. Toutes les personnes locales interrogées nous ont dit en faire une consommation quotidienne, un peu comme les Occidentaux (surtout les Australiens !) ouvrent leur frigo pour une bière…Serait-ce là le secret de leur jovialité ? Nous avons ensuite droit à des chants et danses, et le plaisir pris par nos artistes et par l’assemblée du village est communicatif. Notre visite se termine par un tour au marché des femmes : elles exposent leur production de bracelets, colliers en coquillages, tissus et autres…Nous repartons, un peu gênés par notre statut de touristes, mais d’autant plus reconnaissants de la chaleur et de la spontanéité de l’accueil.
Notre staff nous apprend certains arbres et leurs propriétés médicinales, nous montre comment, en 10 minutes chrono, tresser un panier avec une feuille de cocotier, comment gauler une noix de coco, la dépouiller de son enveloppe et l’ouvrir pour la déguster... Nous participerons même au développement de l’île en plantant chacun une racine de patate douce, afin de permettre la récolte dès l’an prochain. Tous les fruits et légumes que nous mangeons sont produits sur place et ont été plantés par de précédents visiteurs… Un soir, nous assistons au lovo : dans un trou creusé à même la terre (enfin sable…), on fait du feu, et on dépose sur les cendres, dans ces fameux paniers tressés, du poulet, du porc, du poisson et quelques pommes de terre. On recouvre le tout de feuilles de cocotier ou bananier, puis de couvertures épaisses mouillées et le tout va cuire à l’étouffée deux heures. Je vous laisse imaginer les fumets et le régal que ce fut… Notre dernier soir se passe autour d’un feu de camp sur la plage, avec des myriades d’étoiles allant se perdre dans la voie lactée, les chants, le kava, le bruit de la mer…
Changement de décor (après être passés par Nadi), nous voilà dans les Mamanucas, près de Malolo Beach, plus exactement à Walu beach. C’est un grand catamaran omnibus qui nous y a menés, après s’être arrêté dans de nombreuses îles pour déposer ou reprendre des passagers. Le staff nous accueille en chantant et frappant des mains au bout du ponton. Nous arrivons avec deux irlandaises qui font le tour du monde en un an, elles voyagent depuis novembre dernier. A nous 6 nous doublons le nombre de touristes. Notre bure est vaste et la vue est une vraie carte postale : on ne s’en lasse pas. Si la plage n’est pas très belle, on peut quand même faire du canoë ou du catamaran. Les bures du haut, nichés dans la végétation, ont une vue imprenable et un coucher de soleil encore plus beau, même si les marches les rendent un peu moins accessibles…Quelques excursions en mer sont proposées : coraux, îles voisines, dauphins (ils n’y étaient pas !),…Nous participons à la vie du staff et discutons avec eux : leurs origines, leur famille, leur village…Les garçons font tous les jours un beach volley avec eux. On échange des recettes de cuisine. Et le soir, on passe un franc moment de rires avec les jeux apéro « à la Walu beach » ! Walu, où on arrive en tant que client et où on repart en ami…
Dernière étape de notre séjour, à 35 minutes en voiture de Nadi : Sonaisali. Un immense resort sur une presqu’île, séparée du mainland par une rivière, qu’une barge fonctionnant jour et nuit vous fait traverser en 3 minutes. Les bures sont luxueux, avec vue sur la mer et une plage de sable fin et noir. La terrasse recèle un jacuzzi, qui au soleil couchant s’avère une expérience grandiose. Canoë, pédalos, hobiecat, jetski, tennis, équitation,… tout est possible et le staff se met à portée de vos désirs. C’est juste ce que nous voulions pour nos trois derniers jours : une grosse « bulle » intense avant de reprendre le collier : objectif atteint !
Finalement, si le confort est allé crescendo pour ce séjour, c’est quand même notre étape dans les Yasawas qui nous aura le plus marqués : plus loin, donc moins de touristes et des contacts plus authentiques… Nous savons bien qu’il reste encore beaucoup à explorer, et c’est la première fois que nous parlons de revenir à une destination précédemment visitée, pour nous mêler à nouveau parmi ce peuple si jovial et si chaleureux : Merci ! Vinaka ! ….
June 16 June 09 Muui doMuuido, une petite île à l’Ouest de Séoul, direction aéroport, à 1h de route. C’est notre destination ce samedi matin. Il y a du monde pour accéder au bac, la traversée dure 10 minutes, à peine le temps de monter sur le pont pour observer les mouettes, que le sifflet retentit pour nous rappeler dans les voitures. Nous arrivons à notre condo : 4 petits bungalows, sous les pins, en bordure de plage. Une pièce avec lit, télé, une petite table et deux chaises, une kitchenette, et une salle de bains/ toilettes. Nous nous installons et déballons nos coffres remplis. Nos amis HaengSim et Jean-Michel ont l’habitude de ce genre d’escapade et sont organisés. Il est déjà tard, et nous allons déjeuner dans une de ces gargottes qu’on adore : barbecue de coquillages, bibimbap d’huîtres… Un régal. L’après-midi se passe : lézard sur le sable, balade le long de la plage, badminton, partie de volley, bain pour les plus audacieux : l’eau est froide, mais je ne suis pas une référence en la matière, loin de là, pour moi, point de salut en dessous de 26°… Les enfants louent des quads et pétaradent dans la pinède. La mer descend assez vite, le relief peu accidenté accélérant le retrait. Bientôt on peut passer à pied sur l’île d’en face, Shilmido, célèbre par le film du même nom qui y a été tourné. Il est temps de préparer l’apéro. Punch, cake, on avait bien prévu ! Jean-Michel dresse les moules achetées ce matin au marché aux poissons sur le barbecue et les recouvre d’aiguilles de pin ramassées par les enfants, auxquelles il met le feu : l’éclade est prête et les moules juteuses sont délicieuses. Un peu de charbon de bois, et voilà le plat suivant : des gambas, avec un petit vin blanc frais, ah ! que la vie est belle ! Avec en prime, un superbe coucher de soleil… Et pas de sortie nocturne en Corée sans feu d’artifice, ces bâtons achetés dans les boutiques de bord de plage, mais qui ravissent petits et grands… Le lendemain, petit déjeuner tranquille, puis on prépare le déjeuner : magrets de canard sur le barbecue et assortiments de légumes grillés…HaengSim a même préparé du riz avec son rice cooker amené de Séoul pour l’occasion : ah ! ces Coréens ! En dessert, la superbe pastèque… Rangement du camp, puis partie acharnée de pétanque, pendant que d’autres somnolent à l’ombre et que les filles retournent faire du quad… En un court week-end, on a l’impression d’avoir passé plusieurs jours de vacances, et pourtant nous n’étions qu’à 1h de Séoul… Raison de plus pour remettre ça bientôt…
May 17 May 09 Chine : Guiyang à GuilinNous y voilà, en Chine profonde ! On traverse les provinces de Guizhou et Guangxi, à elles deux près de 90 millions d’habitants ! Mais aussi parmi les plus pauvres. Ici, les familles dérogent à la règle d’un enfant par famille : on a besoin de bras pour travailler la terre. Et la terre, dans ce pays de montagnes, on la trouve à flanc de coteaux, dans des terrasses séculaires, où hommes et bêtes font pousser le riz nourricier… Partout où nous passons, nous sommes frappés par le caractère agraire manuel : les charrues tirées par les buffles puissants, voire par les femmes, n’ont pas toutes un soc en métal, certaines sont entièrement en bois. De toute façon, la taille exiguë des parcelles, parfois sur des pentes vertigineuses, exclut toute mécanisation. Hommes et femmes, arborent le chapeau conique pour se protéger du soleil ardent, et à l’arrière de leur ceinture, un petit panier en osier abrite la serpette. Tous utilisent le palan et des paniers tressés pour transporter fourrage pour les bêtes, fumier pour le champ, et ainsi perpétuer le cycle… La Chine abrite plus de 80 minorités ethniques, et ces deux provinces en recensent environ 40. Nous avons vu principalement les Miao, les Dong et les Yao. Arrivés le soir à Guyang, capitale du Guizhou, nous avons pris la route dès le lendemain matin, sous la pluie, pour nous arrêter au village de Qingyan, avec ses remparts vieux de 600 ans, entourés de rizières au vert éclatant, ses 2 portes de la Longévité, graciles, et ses maisons de briques grises agrémentées de leurs lanternes rouges, rappelant le décor d’Epouses et Concubines…Premiers contacts avec les coiffes des femmes, le rituel du thé,… Puis nous visitons Matang, et comme c’est le 1er mai, jour férié, hommes et femmes ont revêtu leurs costumes de cérémonie et vont se rassembler sur la place du village pour faire la fête au son des lushengs, sortes d’instrument à vent à plusieurs pipes : nous irons voir sa fabrication par un artisan renommé. Pendant que les vieux assistent aux préparatifs ou s’occupent des tout petits, aux fesses nues sous leur pantalon ouvert à l’entrejambes, les vieilles filent et bavardent, les jeunes s’épient, et les plus jeunes pataugent dans l’eau… Arrivée à Kaili, où après la rapide visite du musée, bâtiment imposant, qui a dû connaître des jours meilleurs, nous allons déguster une excellente fondue chinoise… Le lendemain matin, Zan, notre guide nous régale de bao zhe, ces petits pains farcis de viande et légumes, qui fondent dans la bouche ! La route que nous devions prendre est coupée, il y a eu un éboulement dans la nuit, il nous faut donc prendre la route en reconstruction pour continuer notre périple. Il faut dire que les routes sont taillées dans la montagne et qu’après la pluie, il y a effectivement des éboulis, côté montagne, forçant les véhicules (par là : camions, voitures, carrioles, mobylettes à remorques, motos, tricycles, vélos, piétons, bétail, …) à se déporter sur la gauche, côté fleuve, créant ainsi des effondrements des bas-côtés. Cette route là, défoncée de partout, ne mérite plus son nom de route : c’est une piste, aux pierres saillantes, aux nids de poule profonds, où l’on circule à coups de klaxon, où on se double sans visibilité, où je ferme les yeux en priant pour que les soutènements résistent, encore une fois au moins, sous notre poids… Partout de lourds camions déposent leur cargaison de rocs et de pierres, qu’hommes et femmes charrient à la main ou avec de pathétiques paniers en osier. Les parpaings sont moulés sur place et le mélange de béton est fait à l’aide d’une pelle…La poussière est omniprésente, nous avançons à pas de fourmi. Interrogé, un ouvrier annonce qu’il y a encore pour un an de travaux, je crois qu’il se trompe d’un rapport de 1 à 10 ! La force de la Chine est là sous nos yeux : peu de moyens techniques, mais des bras en nombre…. Nous passons nos premiers villages Miao. Nichées à flanc de montagne, les maisons sont tout en bois, plutôt grandes, le toit en fines tuiles noires, d’architecture harmonieuse. Elles rappellent, en plus grand, certains chalets de nos montagnes. Au rez-de-chaussée, les bêtes, au premier les hommes, en haut, le grenier. Et quelques appentis, souvent sur pilotis (pour éviter les rats), au toit en écorce d’arbre, pour stocker les récoltes. Au détour du sentier, un cabanon fermé d’un portillon, avec au sol deux planches parallèles donnant sur un trou de 3m : vertige s’abstenir… mais pour moi, rien qu’à l’odeur, l’envie est coupée net ! Dans les maisons, il y a l’électricité, permettant à une chiche ampoule d’éclairer faiblement la pièce, mais vu l’état des circuits, on se demande comment ça fonctionne. D’ailleurs notre guide annonce que beaucoup de villages brûlent… Seul signe de développement, les antennes paraboliques s’offrent généreusement à la vue, incongrues : la télé est dans tous les foyers et allumée matin et soir, on y suit avidement, quand les tâches ménagères le permettent, les « dramas » (séries télévisées) coréens doublés en chinois, qui ici aussi font recette...En revanche, si l’eau est omniprésente dans les villages (fleuve, sources,…), il faut aller la chercher pour la ramener dans les maisons…La lessive se fait à la main et au battoir. On voit sécher même les couches culottes… La pièce qui sert de cuisine ne contient qu’un âtre, dans le meilleur des cas surélevé, mais souvent à même le sol. Un immense wok noirci est la pièce maîtresse de la batterie de cuisine… Pas de meubles, si ce n’est quelques étagères ou placards de bois. Le sol est nettoyé à l’aide balais fabriqués manuellement avec de la paille de riz ou de sorgho. Et toujours ces sourires qui vous accueillent, parfois curieux, parfois méfiants, toujours généreux. Les villages Dong sont semblables à ceux des Miao, ils sont toutefois aisément reconnaissables, car à chaque village, il y a une tour du tambour, genre de pagode au nombre d’étages impairs, sous laquelle peut se rassembler la population. Il y a en principe, une tour par famille, mais souvent, famille et village sont assimilés… De surcroît, on trouve toujours chez les Dong un pont couvert, appelé Pont du Vent et de la Pluie, superbe ouvrage, destiné à abriter les villageois travaillant aux champs en cas d’intempérie…. Enfin, autre particularité, les jupes plissées indigo, pièce du costume des femmes Dong, qu’elles teignent elles-mêmes, sèchent sur des paniers en osier retournés, afin de conserver leur forme… Dans le premier village Miao où nous nous sommes arrêtés, une cérémonie avait été commandée par un groupe de 3 israéliens en visite, comme nous, que nous avons d’ailleurs retrouvés ça et là tout au long de notre périple…Tout le village avait mis son costume de fête et nous avons pu admirer les lourds colliers d’argent, les riches broderies, les coiffes aux longues cornes… Dans un autre village, à Paika, les garçons au crâne rasé gardent une touffe de cheveux sur la tête jusqu’à l’âge de 16 ans, date à laquelle le chef du village leur confectionne un chignon, lors d’une cérémonie d’intronisation, validant ainsi le passage à l’âge adulte et le droit de siéger au conseil du village pour prendre part aux décisions. Dans ce même village nous remarquons de grands espaliers en bois : il s’agit en fait de séchoirs pour le riz ou le sorgho, chaque famille possédant le sien et ayant un rayon par membre de la famille. J’en compte en moyenne 9, les aïeuls, les parents, les enfants…Lorsqu’un membre décède, son rayon est ôté du séchoir et sert à porter le corps. Les morts sont enterrés dans la montagne, selon les règles du fengshui (dos à la montagne, face à la vallée…). Nous avons vu de nombreuses tombes, mais beaucoup semblaient à l’abandon, à la merci d’une extension du village pour une nouvelle terre cultivable ou une nouvelle habitation. Certes pour le touriste, les gens font des efforts et revêtent le costume, organisent des spectacles, mais j’ai franchement eu l’impression qu’ils le font avec spontanéité et plaisir, les anciens adorent cela : chanter, danser, s’amuser, probablement leur seul luxe dans une vie de labeur…Je crois aussi que les jeunes perpétuent les traditions. Nous les rencontrons coiffés et parés des vêtements de leur tribu pour aller à l’école, même si aujourd’hui encore, certains font plusieurs kilomètres à pied tous les matins et marchent parfois pendant plusieurs heures pour aller étudier. Les usages pour se fréquenter, se marier, se coiffer, sont respectés… Mais la télé, le téléphone portable, les touristes, n’auront-ils pas bientôt raison des coutumes tribales et des chants et danses traditionnels ? Arrivée à Zhaoxing : le village est composé de 5 familles, donc 5 tours du Tambour et 5 ponts du Vent et de la Pluie. Tout autour, des rizières. On a une vague impression d’être à Venise, tant l’eau est omniprésente. Le village est en effervescence, on construit des hôtels de toutes parts : scie manuelle, serpette… Sur les portes des maisons, des feuilles sont punaisées. Notre guide traduit : nom, sexe et date de naissance des personnes habitant la maison, études, diplômes obtenus, quand et où… J’essaie mentalement d’imaginer la transposition de ce système en France ! Départ pour Longji : nous sommes dans les montagnes, de plus en plus haut, de plus en plus vertigineux. D’ailleurs, la route s’arrête et pour atteindre le village il faut marcher 30 minutes par des sentiers entrecoupés de marches et recouverts d’ardoises. Des porteuses offrent leurs services pour amener les bagages à bon port. Celle qui prend le sac d’Alain est aussi haute que le sac lui-même, mais charge la hotte dans lequel elle l’a déposé d’un coup de reins habile et vigoureux. Elles vont papoter et rire tout le long de la montée, alors que nous peinons à reprendre notre souffle… En dépit des baraques à touristes qui offrent les mêmes articles tout le long du parcours, malgré les hôtels qui fleurissent, élargissant le village et détruisant des rizières, le village reste encore un peu authentique. Il règne un caractère de montagne et une ambiance de refuge dans notre hôtel. La vue de notre chambre, sur les terrasses inondées est grandiose. La balade que nous faisons au milieu des rizières, malgré la pluie intermittente, est inoubliable. Et pourtant, on se dit que dans 10 ans, il y aura sans doute un funiculaire ou des œufs pour relier le village à la vallée, que la rivière ne coulera plus claire comme aujourd’hui, charriant déjà des bouteilles et canettes vides et des sacs plastiques. Chaque médaille a son revers… En chemin nous croisons des femmes Yao Rouges, qui nous font démonstration de leur particularité. Jeunes filles, elles laissent pousser leurs cheveux jusqu’à leurs 16 ans, date à laquelle on les leur coupe court. Ce postiche est conservé précieusement, ainsi qu’un deuxième qu’elles confectionnent avec tous les cheveux qu’elles peuvent récupérer (brossage). Ces deux queues de cheval, longues de plusieurs mètres, viennent grossir leurs propres cheveux longs en une énorme torsade qu’elles enroulent savamment sur le dessus de la tête, puis qu’elles recouvrent d’un fichu, décoré ou non, selon qu’elles sont mariées ou non…. Nous redescendons les montagnes, le vert tendre du riz qui lève alterne avec le vert plus foncé des théiers alignés en rangs serrés, et nous arrivons dans une grande plaine où s’alignent les orangers. La récolte, le tri, la mise en sacs, et la manutention, tout ici encore est manuel…Arrivée à Guilin : comme dans toutes les grandes villes, on marche encore et encore : les 4 lacs et leurs pagodes, promenade agréable. La rue piétonne et la clock tower, le parc de l’Eléphant, abritant une falaise de calcaire avec un arche : on a les mêmes à Etretat ! Le Prince Garden, ou ancien palais avec son étang et le pain de sucre surprenant au milieu…Après un dîner excellent, nous arpentons le marché de nuit où se presse une foule bruyante… Départ le lendemain matin pour la croisière qui va nous mener de Guilin à Yangshuo, en descendant la rivière Li. Spectacle magnifique et presque irréel de ces pains de sucre jaillissant de tous côtés, ceux du premier plan nets, les autres émergeant à peine de la brume, le tout ourlé des silhouettes graciles des bambous à queue de dragon….Soudain, les nombreuses peintures asiatiques que nous avions, il faut l’avouer, un peu ignorées jusqu’ici, prennent alors plus de sens…Ca et là, des cormorans attendent la nuit pour aller faire leur besogne et ramener leur 1 à 2 kg de poisson. La rivière attire son lot de chalands, qui viennent tenter leur chance auprès des touristes que nous sommes, en agrippant audacieusement leur frêle embarcation aux flancs de notre bateau. A Yangshuo, plus de doute possible, ici, nous sommes dans une ville touristique. Chinois et Occidentaux se côtoient pour le plaisir des vendeurs, restaurateurs, guides et hôteliers. L’Anglais redevient langue commune. Notre hôtel est en plein milieu de West Street, un peu à l’écart, une ancienne maison de maîtres, avec cour intérieure et belles boiseries. L’après midi, nous montons allègrement les 500 marches de la Montagne de la Lune, ainsi nommée car elle forme un arche surprenant, profitant ainsi d’un panorama exceptionnel, puis allons voir un arbre vieux de 2000 ans, à tel point que les branches les plus lourdes émettent une racine qui va devenir un vrai tronc destiné à les soutenir : la nature fait décidément bien les choses. Le soir, nous assistons à un spectacle monté en 2004 par Zhang Yimou, le réalisateur, qui a aussi préparé l’ouverture des JO de Pékin. Spectacle époustouflant de sons et lumières, traitant des scènes simples de la vie quotidienne des gens, ces mêmes personnes que nous venons de croiser : vie au champ, vie sur le fleuve, ethnies minoritaires en costume et leurs chants polyphoniques,…et là encore des figurants (au total 600) qui donnent de la Chine toute la dimension de ce pays…. Pour notre dernier jour, nous décidons de faire une ballade en vélo. Notre jeune guide est souriante et efficace. Elles nous emmène au milieu des rizières voir d’anciennes maisons, dont certaines sont à l’abandon : tristesse de ces villages fantômes, où des boiseries encore intactes semblent soutenir encore les pierres prêtes à tomber. Un couple nous fait visiter sa maison. Pièces grandioses, boiseries magnifiques. Les meubles sont chiches et simples, l’endroit est poussiéreux... Ils nous montrent dans l’arrière cour deux magnifiques coffres décorés et peints, dont ils sont visiblement très fiers : leurs cercueils sont prêts… Arrêt buffet au bord de l’eau : on pêche le poisson pour vous dans la rivière ! Le pont des Neuf Dragons est là, majestueux du haut de ses 600 ans, dont le reflet dans l’eau forme un rond parfait avec l’arche dodue…De multiples radeaux offrent la balade retour, mais nous reprendrons vaillamment nos vélos pour rejoindre l’hôtel. Fin du séjour… L’autoroute qui nous amène à l’aéroport est flambant neuve. Il n’y a personne. Il a fallu creuser la montagne pour suivre le tracé, mais je ne suis pas sûre que le béton coulé fraîchement sur les parois abruptes soit assez efficace pour empêcher les éboulis et glissements de terrain : un emplâtre sur une jambe de bois ! Mais bon, on est en Chine, alors…. April 17 April 09 Marche AndongPour une fois, l’activité « marche en montagne » nous propose de pousser un peu plus loin que les alentours de Séoul. C’est à 7:30 du matin que nous nous donnons rendez-vous en ce dimanche de Pâques pour un départ vers Andong, à 280 km au sud est de Séoul. Première surprise, le petit bus jaune qui va transporter notre groupe de 17 filles, dont 3 coréennes, n’a pas de coffre : qu’à cela ne tienne, on s’empile au milieu des bagages. Un dernier petit bisou de la part des maris accompagnateurs (avec bien sûr B. qui fait semblant de se tromper de femme et embrasse V. au lieu de C. !!!) et on démarre dans les hurrahs et les sifflets. Des filles en goguette, ça fait un groupe bien excité ! Arrêt technique au bout de deux heures sur une aire d’autoroute : certaines achètent des chaussettes de rando : nous voilà fin prêtes ! Encore une heure de route, et nous nous arrêtons au temple de Buseoksa, où la petite grimpette et les hautes marches nous mettent doucement en jambes. Il fait beau et déjà bien chaud. Nous pique-niquons dans la descente, le long d’un sentier mi-ombre pour les Coréennes et mi-soleil pour les Françaises. Puis le bus nous dépose au départ de notre randonnée. Il est 14:30, et c’est plutôt l’heure de la sieste, mais bon, il faut y aller, car nous avons bien 4 heures de marche et n’avons aucune envie de nous laisser surprendre par la nuit. La première heure de montée est très agréable, mais arrivées au temple, nous avons déjà 3 abandons. Il reste environ 50 minutes de montée, que nous attaquons vaillamment, mais le style n’y est pas toujours, certains endroits escarpés nous font passer à 4 pattes, le sol est sec et glissant et nous agrippons rochers, racines ou branches pour nous hisser. A 10 minutes du sommet, encore 3 abandons. L’ultime grimpette est un escalier très vertical de hautes marches ajourées qui cassent les jambes. Prise de vertige, je dois renoncer : dommage, j’étais presque au faîte… La descente est lente et périlleuse. On se concentre. Finalement nous rejoignons le temple, où nous attendent nos compagnes autour d’un thé. Le soleil descend, et bien que harassées, nous décidons d’aller directement au restaurant, par crainte de ne pouvoir redémarrer si nous allons d’abord nous installer dans notre pension. Hyeon Sook a bien fait les choses : elle nous a réservé un petit resto galbi, où assises par terre, nous dégustons notre viande grillée au barbecue et accompagnée de délicieuses salades et autres petits plats... sans oublier la bière Cass bien fraîche, bien sûr ! Repues, nous gagnons nos pénates de nuit et installons les ‘lits’ : une couverture dessous et une dessus. Heureusement, certaines d’entre nous avions prévu de quoi améliorer l’ordinaire: matelas gonflable, lit de camp, futon d’appoint…Finalement, on empile les épaisseurs et telles les princesses au petit pois, nous assurons une nuit à peu près confortable. Une douche réparatrice mais rapide et nous voilà prêtes pour la soirée. Assises en rond dans la petite salle attenante à notre chambrée, nous déballons les provisions prévues pour l’occasion : vin, gâteaux au chocolat, crêpes, flan, congolais, sablés aux amandes, et j’en passe. Diane nous sort des jeux qui déclenchent l’hilarité. La pendule au-dessus de nous affiche 9:05 depuis le 11 novembre 1984, si bien que finalement c’est à 23:00 qu’on décide de l’extinction des feux, même si dans les chambrées alentours on entend encore longtemps fuser les éclats de rire.
6:20 le lendemain matin, douche rapide à la queue leu leu, un petit café (nous avons une bouilloire dans la chambre) et un morceau de brioche vendéenne ramenée par Nadine qui revient tout juste de France. Départ pour la petite promenade matinale, longeant la rivière. En même temps on découvre les alentours : de vieux bâtiments, certains ont 600 ans, rénovés. Nous sommes dans une ancienne ferme de nobles, avec plein de dépendances et même une petite école confucianiste. La patronne de notre gîte explique qu’elle est la descendante de 17 générations et qu’en tant que telle, elle se doit d’honorer ses ancêtres sur au moins 4 générations, si bien qu’elle a au minimum 13 cérémonies des ancêtres par an, et on sent la compassion de nos amies coréennes qui nous rapportent ce discours. Au bout d’une heure de marche, retour pour un petit déjeuner en règle (il reste des gâteaux, des viennoiseries,…), sauf pour 3 d’entre nous qui rejoignent les coréennes pour un petit-déjeuner local : poisson, algues, riz et autres… On boucle les sacs et c’est reparti, direction le temple de Bongjeongsa, avec ses vieux passages en bois, puis le village Hahoe. Le parking a été avancé et il faut maintenant prendre une navette pour atteindre l’entrée du village. Les chemins ont été recouverts de ciment, il y a un peu moins de poussière, les toits de chaume sont tous refaits à neuf, mais il y a toujours autant de bus d’écoliers bruyants…Et surtout, tous les petits restaurants qui faisaient face à la rivière ont disparu. On finit par en trouver un à l’entrée du village, il ne faudra pas faire les difficiles. 15:00, départ pour Séoul que nous rejoignons à 18:30. Le retour a été calme, beaucoup ont rattrapé quelques heures de sommeil qui faisaient défaut….Et la descente du bus arrache des grimaces aux muscles endoloris… Qu’à cela ne tienne : l’expérience est concluante, en ce qui me concerne, je suis prête à retenter !
March 04 Mar 09 BusanBusan, seconde ville et premier port de Corée. Alain y est déjà allé des dizaines de fois, vu que l’usine est là-bas. Mais cette fois nous profitons d’un long week-end pour découvrir autre chose que l’aéroport-l’usine, et nous traversons la Corée, parcourant tranquillement les 380 km qui nous séparent de Séoul. Comme toutes les villes de Corée, à Busan les barres d’appartements émergent entre les montagnes. Toutefois, ça et là, on aperçoit quelques immeubles modernes à l’architecture plus audacieuse. Le front de mer est très découpé, mais bien aménagé. Notre hôtel est à Haeundae, les pieds dans l’eau (bien qu’il soit un peut trop tôt dans la saison pour vraiment en profiter !), et le soleil sur la mer illuminant notre chambre est un régal… En quelques heures, nous nous sommes repérés et notre mode de transport varie de la voiture, au taxi, au métro et au bus ! Beomeosa est un vieux temple, situé, est-il nécessaire de le préciser, dans un cadre bien agréable. Juste à côté, la citadelle de Geumjeongsanseong attire des centaines de marcheurs que nous accompagnerons un bout de chemin. En jean et baskets, Alain me fait remarquer qu’on dépare, mais en fait, ce sont les Coréens qui sont suréquipés avec leurs sacs à dos, bâtons de marche, visières et gants, sur des sentiers qui sont de véritables ‘autoroutes’ pédestres ! La balade le long de la côte de la baie de Songdo, toute en montée et descente de marches, avec traversée de deux ponts de singe, vaut le détour : tout du long, en ce dimanche, les familles s’installent sur les rochers et déballent, pour les plus patients, les cannes à pêches, pour les autres, réchaud et victuailles, dont les fumets remontent jusqu’à nous. Qu’à cela ne tienne, nous nous arrêterons de nouveau dans une gargotte, où d’un mot tout est dit : sashimi ! Et voilà qu’apparaissent sur la table, coquillages et crustacés, légumes et sauces variées, et notre sashimi, poisson inconnu qui, il y a encore 10 minutes, frétillait dans le vivier…Le concombre de mer n’a désormais plus de secrets, et le ‘zizi de la mer’ non plus : mangeables, mais bon, soyons francs, je n’en ferais pas mon plat principal ! Le port est actif, du plus petit au plus gros bateau et le marché aux poissons, bien éclairé, a des allures de laboratoire…Aux alentours toutefois, de nombreuses échoppes en plein air sont plus traditionnelles…On se demande comment font tous ces vendeurs pour faire leur chiffre d’affaires… Au retour, petite halte à Tongdosa, troisième plus grand temple de Corée, dont les vieux bâtiments en bois bruts sont plus beaux que ceux peints…Les moines sont à la prière et leurs psalmodies accompagnées du tap tap de leur gong en bois est prenant… Malgré la température fraîche ce matin, nous profitons des premiers cerisiers en fleurs… Bref, une petite parenthèse fort réussie, que je suggère à Alain de recommencer dès que l’occasion se présentera ! January 31 Jan 09 Hong-KongHong Kong : après y être passés en transit à plusieurs reprises, cette fois nous quittons l’aéroport. L’achat du billet de train qui nous mène en centre ville ne pose aucun problème : on parle anglais, quel bonheur de pouvoir communiquer ! L’hôtel avait annoncé une navette à partir de la gare, que nous attendons en vain 45 minutes. En désespoir de cause, nous sautons dans un taxi qui nous dépose à l’hôtel… où nous apprenons que nous ne sommes pas au bon endroit : il y a un homonyme ! Mais notre hôtel, le bon, est à 10 minutes en taxi, pas de problème, on recharge les bagages et… embouteillages monstres, nous mettons 40 minutes à couvrir la distance. On vérifiera plus tard, au gré de nos promenades, qu’on était bien à 10 minutes, et à pied de surcroît. Bien, nous voilà à bon port, au 30ème étage dans une chambre exiguë, certes, mais fonctionnelle et joliment décorée à la chinoise.
Nous sommes samedi, il faut en profiter, car après ce sont les fêtes du Nouvel An, et les magasins ferment. Direction donc Stanley Market, au sud de l’ïle, recommandé par des copines bien intentionnées ! Malheureusement, dans le bus qui doit nous y emmener, le chauffeur nous jette en vociférant qu’on n’accepte que le prix exact du billet. A la question où peut on faire de la monnaie, il nous désigne l’étage du haut d’un geste vague et désabusé. Merci pour l’accueil ! En haut, la banque vient de fermer ses portes et à part de longues galeries couvertes pour accéder aux immeubles de bureaux on ne voit pas vraiment d’issue à notre problème. La tension monte. Finalement, on s’engouffre dans un taxi et pour une somme modique, certes 8 fois le prix du bus, on débarque à Stanley après avoir suivi une côte bien agréable avec des résidences alléchantes. Repulse Bay ne porte pas vraiment bien son nom ! Stanley market n’est pas immense, mais on y trouve toutes ces chinoiseries qui font notre bonheur. On repart avec un jeu de mah-jong et quelques babioles. Et aussi de la monnaie qui nous permet de faire le trajet retour au deuxième étage d’un bus poussif dans les côtes…
Les jours suivants sont consacrés à l’exploration à pied : rien de tel pour découvrir une ville. Hong-Kong a prévu à cet effet plusieurs circuits pédestres, assez bien fléchés, qui nous font parcourir Soho, ses boutiques d’antiquaires, ses bars, les magasins de médecine traditionnelle, et le plus grand escalator du monde, découvrir nichés entre deux buildings modernes, de petites églises, des bâtiments coloniaux, de petits temples, où se pressent les gens pour accrocher leurs vœux à des serpentins d’encens qui envoûtent le nez et brouillent la vue. La moindre ruelle est animée d’un marché animé, coloré et odorant. Nous traversons vers Kowloon grâce au ferry (passés nos premiers avatars, on devient maîtres dans l’art d’utiliser les transports en commun !). Ici les immeubles sont nettement plus dégradés. Nous allons au marché aux oiseaux, un endroit ravissant, et juste à côté remontons la rue du marché aux fleurs, envahi de monde en cette veille de fête. Nous suivons l’itinéraire dans une foule dense et bruyante, passons le quartier où on vend les poissons d’aquarium, visitons le marché de jade, le Temple Market, pour revenir prendre le ferry épuisés par cette longue marche et par ce bain de foule. Un petit foot massage semble bien indiqué, et c’est au 19éme étage d’un building proche de notre hôtel que nous allons découvrir l’endroit qui nous avait été recommandé. Confortablement installés dans de larges fauteuils avec de grands oreillers confortables, dans la pénombre, on se laisse aller aux mains des masseurs experts qui remontent jusqu’au genou…Et pour finir, dix minutes de massage de nuque et du haut du dos : quel bonheur…C’est tellement bon, que d’un commun accord on y repassera une fois avant notre départ ! Le soir du Nouvel An, nous reprenons le ferry pour aller nous poster au détour d’un virage à un endroit stratégique pour prendre des photos de la parade. Nous ne sommes pas seuls, bien entendu et les Chinois sont particulièrement désagréables à jouer des coudes et à pousser pour gagner de la place. La parade démarre avec une demi-heure de retard, l’attente a été infernale, si bien que nous sommes un peu déçus par le spectacle : défilé de clubs sportifs ou de danse, un ou deux chars de promotion de voyages, rien de véritablement chinois et grandiose dans cette parade, que nous quitterons avant la fin pour attraper notre ferry sereinement.
En dépit d’un temps couvert, nous partons pour Lantau, à l’assaut du Bouddha et du monastère PoLin, par un téléphérique vertigineux long de près de 6km. Toujours conseillés par notre amie, nous poussons vers le village de pêcheurs de Tai O, où le marché bat encore son plein et où nous sommes frappés par la précarité des baraquements : tout cela doit s’envoler au moindre typhon…Les gens sont habillés chichement et tous en tongs, malgré la température fraîche…Pourtant, la plupart des enfants arborent fièrement des tenues typiquement chinoises flambant neuves. Dans les ‘maisons’ on entend claquer les dominos du mah-jong et dans un petit troquet on assiste médusés à une partie acharnée, d’une rapidité étourdissante.
Le dernier jour nous amène vers l’est de l’ïle, où les deux circuits pédestres de Wan Chai et Shau Kei Wan, nous font découvrir force petits temples bien cachés, rues marchandes, musées et autres curiosités. Nous reviendrons vers l’hôtel en haut d’un tramway coloré, constatant au passage que plus on va vers l’est, plus l’habitat est dégradé et sale. Par ailleurs, du côté de Central on remarquera tous les jours des centaines de Philippines, s’installant là sur des cartons, jouant au carte, ou bavardant… Elles n’ont pas d’endroit où se retrouver et occupent la rue. Même lorsque la ville a repris son activité après les fêtes, on en trouve encore, nombreuses, cherchant sans doute du travail…
Ville de contrastes, Hong Kong reste une grande cité. Les buildings gagnent du terrain sur la mer, et à en juger par les galeries aux marques luxueuses, il y a des gens fortunés ici. Mais au creux des ruelles persiste une vie traditionnelle, où de vieux chinois courbés viennent faire leur marché quotidien, où des mères de famille viennent chercher l’affaire du jour, où des bonnes philippines viennent s’approvisionner. Gageons que les vapeurs d’encens qui s’élèvent des temples avec ferveur ces derniers jours sur la ville sauront préserver tradition et modernisme pour une année du Buffle prospère… January 14 Noël 2008 BirmanieBirmanie… Après le voyage annulé l’année passée à la même époque, pour cause d’évènements politiques, cette fois nous y sommes. Départ le 24 décembre, 6 heures de vol jusque Bangkok, où les esprits apaisés ont dégagé l’aéroport (tant mieux), 4 heures d’attente au son des chants de Noël passés en boucle, puis encore une grosse heure de vol pour atteindre Yangon. Détour par l’agence organisatrice qui nous remet les derniers documents (et les devises), puis check-in à l’hôtel, un beau vestige du colonialisme. Dîner de Noël obligatoire, il sera vite expédié : un buffet sur le gazon au bord de l’eau. Nuit courte, aux échos de la boîte de nuit adjacente. Le lendemain départ à 5h, il fait nuit, l’éclairage blafard et les routes désertes ne laissent pas à penser qu’on est dans l’ancienne capitale, puisque le gouvernement l’a déplacée récemment vers l’intérieur du pays, au nord…Malgré l’heure, un nombre impressionnant de gens marchent d’un pas hâtif : au début, j’ai cru qu’il s’agissait de sportifs, mais mon ingénuité fait vite face à la réalité : pour s’économiser un bus excessif (600 kyats –prononcer tchia-, soit mensuellement un budget de 12 $, alors que le salaire moyen d’un fonctionnaire avoisine les 30 $...), les gens marchent vers leur lieu de travail, ou bien s’empilent sur des camions à la sécurité précaire…
Départ pour Bagan, le côté domestique de l’aéroport fait cette fois couleur locale (l’international est récent). Bagages, comme bagages à main, passent sous la même machine rayons X, les premiers manipulés par des porteurs, qui les récupèrent à la sortie de la machine pour les déposer sur un chariot qu’ils emmèneront sur le tarmac pour charger l’avion. Pas de panique, tout fonctionne ! Bien sûr pas de passerelle, on embarque à pied… Bagan : notre guide nous attend et s’occupe des formalités, accessoirement nous passons l’immigration dans la province (oui !) moyennant un droit d’entrée de 10 $ et nos passeports sont enregistrés. La voiture a connu des jours meilleurs et mon dos endolori me pose souci : il faut tenir ! Check-in rapide à l’hôtel, puis départ dans la lumière dorée du matin, où nous découvrons des milliers de pagodes (selon les guides entre 2800 et 3200). Nous partons à l’assaut de Bulaithi : vertige s’abstenir, la montée sur un escalier extérieur, à même le flanc de la pagode, est raide et sans rampe ni garde-fous. Sur la ‘terrasse’, s’étend à nos pieds ce paysage fabuleux dans lequel nous allons évoluer pendant 2 jours. La plupart des pagodes datent du XI, XII siècle, certaines avec fresques, d’autres avec une architecture néo gothique, partout des bouddhas. On monte des escaliers étroits aux marches hautes et aux plafonds bas. Et à chaque fois on redécouvre ce paysage féerique. Deux couchers de soleil, où les touristes, mais aussi les locaux, se donnent rendez-vous nous marqueront de leur côté magique. Du haut d’une terrasse, nous remarquons un attroupement et des banderoles autour d’une pagode : il s’agit d’une cérémonie, organisée par un généreux donateur, orpailleur à Heho, qui veut immortaliser la restauration de ce monument. Il a fait venir les moines pour bénir le lieu. Ceux-ci, une trentaine, armés de leur bol, attendent à l’ombre qu’on les serve : c’est leur lot quotidien que d’aller mendier leur pitance. Il y a aussi une cinquantaine de personnes : famille, amis, habillés de neuf par le donateur. Notre guide nous emmène, fait les présentations : nous sommes accueillis presque comme de la famille, on nous fait visiter les lieux, on nous montre les offrandes, le repas préparé et stocké dans de petits sacs plastiques déposés dans de grands paniers, on nous présente fièrement les enfants qui parlent deux mots d’anglais, pour un peu on aurait pu rester. Au détour du chemin nous croisons des paysans en pleine récolte du millet : tout est réalisé à main nue, à la faucille, le fruit de la récolte transporté dans des paniers d’osier tressé posés sur la tête jusque dans un tombereau tiré par des bœufs… Un des monuments est une école monastique désaffectée : il règne en ces lieux une sérénité palpable : les moines ont dû être bien…A l’ombre d’une allée, sur un banc, notre guide nous initie à la méditation, puis de fil en aiguille se livre, à l’abri des oreilles indiscrètes, et commente les évènements de son pays. Il aimerait pouvoir voyager…On quitte le lieu tout remués… Arrêt au marché, et là c’est l’explosion des couleurs, des odeurs… Les femmes sont bariolées d’une poudre jaune, le tanakha, qu’elles confectionnent en pilant l’écorce d’un arbre sur un mortier et en mélangeant la poudre à de l’eau : elles s’en enduisent le visage, les bras. Les enfants sont badigeonnés aussi, certains hommes également : c’est une façon de se protéger du soleil, mais selon le dessin appliqué, cela devient leur coquetterie…Au marché, on a vraiment l’impression de faire connaissance avec la population, de voir les productions locales, de goûter leurs friandises : beignets de légumes aillés, riz gluant dans du bambou, gâteau de riz sucré…Le tout dans une bonne humeur non altérée par la densité de la foule…. Pause à midi le long d’une rivière animée : les bancs de limon sont labourés à la charrue tirée par des bœufs : on va planter les oignons. Sur l’autre rive une femme lave son linge coloré accompagnée des cris et rires des enfants. Au loin dans la montagne, quelques dômes dorés jettent leurs feux incongrus. Passage dans une école monastique : 70 moines et novices sont là sous l’enseignement d’un vieux moine dont nous perturbons le déjeuner. Il nous invite à entrer et converse avec nous dans un anglais surprenant : il raconte avoir vécu un an en Angleterre. Depuis son retour, il s’attache à éduquer des moines dans le respect des traditions les plus strictes du theravada bouddhisme : le petit véhicule, basé sur la transmission des connaissances par le biais des disciples de Buddha. En fait de respect des règles, nous noterons malgré tout que la vaisselle se fait joyeusement dehors…On ne leur en voudra pas de briser la règle du silence ! La visite se termine par la plus grande pagode : Ananda, XVème siècle, d’inspiration portugaise, aux quatre bouddhas gigantesques : majestueuse. Puis, un dernier coucher de soleil magique, au sommet d’une terrasse, on ne s’en lasse pas… Le soir, le guide nous emmène dans un restaurant où sont donnés les fameux spectacles de marionnettes. Accessoirement, nous y croisons les d’Arrentières : le circuit touristique des différentes agences est quasiment un standard, et surtout, les endroits pour touristes sont peu nombreux, normal que nos routes se croisent. Je suis surprise par les prix pratiqués : ils restent certes très peu chers pour notre échelle de valeur (entre 12 à 15 $ un repas pour deux), mais ramenés à ce standard de salaire moyen, nous devons constituer un scandale pour la population locale… Pourtant, de façon unanime, tous les gens rencontrés nous demandent de faire la publicité pour leur pays : le tourisme génère force de petits métiers, qui permettent de vivre… Quant au spectacle, nous en avions vu un la veille au soir au restaurant de l’hôtel, mais celui-ci est composé de marionnettes somptueuses, avec des attitudes presque humaines… et avec les sous-titres explicatifs donnés par notre guide, l’intrigue est tout de suite plus parlante !
Le lendemain, départ pour Heho, via Mandalay. L’occasion de croiser Lénice et son conjoint…L’escale à Mandalay se fait… sur le tarmac, puis nous regagnons nos places dans l’ATR, bravant les turbulences jusqu’à Heho. Là encore, la guide nous aide pour les formalités et nous voilà partis dans une voiture d’âge canonique sur la route vers Nyaung Shwé. Enfin, route : il reste un peu de bitume autour des nids de poules, des accotements caillouteux et de la circulation, piétons, vélos, carrioles à bras et à bœuf, motos au chargement monstrueux penchant dangereusement…Le chauffeur use de son klaxon en permanence ! Arrêt dans un des plus vieux monastères du pays, tout en bois : les novices scandent leurs versets, certains dissipés par notre venue. La chambre est une vaste pièce où tous dorment ensemble à même le sol sur de fines nattes repliées dans la journée. Puis nous embarquons sur une étroite pirogue à moteur, direction lac Inlé : 20 minutes sur un canal bordant des maisons sur pilotis en bambou tressé. Comme sur les klongs de Bangkok, nous pénétrons dans l’intimité des gens : toilette, vaisselle, lessive, dans une eau parfois douteuse…Nous croisons de nombreuses autres pirogues : parfois des touristes comme nous, ou alors beaucoup de gens entassés qui rejoignent leur lieu de travail à la ville, ou vont vendre leur production : les tomates sont réputées ici, mais aussi bon nombre d’autres denrées…A chaque fois, nous aurons un petit signe de la main et un sourire qui font chaud au cœur. Le canal s’élargit pour laisser place à la magie du lac. Les pêcheurs sont en équilibre sur leur frêle embarcation, défiant les lois de la gravité. Ils se déplacent à l’aide d’une rame unique qu’ils coincent sous leur bras et enroulent autour de la jambe pour lui donner un mouvement de godille vertigineux mais adroit. De tout petits ont déjà l’agilité requise…Puis ils jettent leur filet et frappent l’eau de leur rame pour attirer le poisson. Beaucoup de friture, de poisson chat, et autres espèces inconnues de nous … Une autre technique de pêche est celle ‘à l’entonnoir’ : un grand cône de bambou avec du filet autour que le pêcheur enfonce verticalement dans l’eau. Il y introduit alors un harpon qu’il agite en tout sens, puis hisse son filet pour dégager le poisson… Spectaculaire, et là aussi des trésors d’équilibre… On ne se lasse pas de les voir à l’œuvre, la lumière du lac, matin comme soir, rendant ces instants inoubliables. Inlé sera l’occasion de naviguer au sein d’une cité lacustre et de découvrir foultitude d’artisanats : le tissage des fibres de lotus en écharpes soyeuses, la préparation des cigares locaux (cheroots), les ombrelles en papier de mûrier, les chantiers navals d’où sortent les graciles pirogues, la teinture de la soie, les travail minutieux des orfèvres,…Sans oublier les curieux jardins flottants, que les habitants créent en empilant la vase récoltée du lac sur des algues, ce qui permet de cultiver toutes sortes de légumes sur un terrain fertile flottant de 15 m de long sur 2 m de large : haricots, choux-fleurs, tomates… Autre curiosité, le monastère des chats sauteurs, tirant son nom des félins qui cohabitent avec les moines et que ceux-ci ont dressés à sauter. La grande pagode, rutilante d’or, aux cinq bouddhas difformes tellement ils sont recouverts d’or, et en face les barges royales qui transportent ces reliques précieuses de village en village.
Nous nous échappons un matin pour remonter jusqu’à notre embarcadère, où Wanna, notre guide nous attend pour un trek de deux jours. C’est l’hiver, les gens ont des parkas et sur le bateau nous supportons la polaire. Mais très vite, la marche se fait sous un soleil ardent. Heureusement que nous avons amené de l’eau. Cette balade facile soi–disant nous amènera quand même en 6 heures avec un dénivelé de plus de 900 m… que notre guide parcourra en tongs, sans verser une goutte de sueur ! On a l’air bien touristes avec nos Nike et nos T-shirts trempés…Notre balade nous fait découvrir un moine ermite vivant dans une grotte depuis 12 ans. Il s’est aménagé un lit à baldaquin pour se protéger des moustiques (nous sommes dans une région à risque de paludisme), avec quelques livres. Il parle anglais et nous offre du thé et des fruits, bienvenus pour cette petite halte. Puis on enchaîne sous un soleil de plomb. Je sors mon tanakha à moi, indice 50, que notre guide teste avec joie. A 1 h, pause repas, dans un village, au 1er étage d’une maison. Notre hôte est vieux et fier de nous accueillir. Il tire sur son cheroot, et nous présente sa belle-fille et sa fille et tous ses petits-enfants, dont 2 bébés. Les hommes sont au champ. Notre guide sort de son sac magique chou-fleur, légumes et entreprend de nous préparer une délicieuse soupe revigorante avec des pâtes… et des œufs qu’il a portés à la main tout le voyage de peur de les casser dans le sac à dos…. La maison est humble, mais propre. L’âtre est à même le sol, au feu de bois, un trépied accueille casserole ou bouilloire. Pas d’eau courante, ni d’électricité. On nous offre bananes et clémentines, du verger : elles ont un goût exquis, inoubliable, celui de la générosité… Je distribue des petits souvenirs qui font des heureuses…Nous nous quittons avec dans le regard la chaleur des yeux… Encore deux heures de marche, je n’en peux plus et dois m’arrêter plus souvent. Alain est content de faire des pauses aussi je crois. Plus on monte et plus on trouve des parcelles de forêt déboisées sur lesquelles poussent des céréales. Certaines ont fatalement subi un glissement de terrain lors de la saison des pluies…Finalement, on arrive au monastère où nous allons passer la nuit. Trois bâtiments délabrés, dont un en toit de tôle ondulée. Un appentis sert de cuisine : terre battue, âtre à même le sol. Un autre de toilettes. Pas d’eau, pas d’électricité. Ce sont les familles des deux villages alentours qui portent à tour de rôle leur repas aux 6 moines plus un novice qui occupent les lieux. Combien de temps vont-ils pouvoir tenir ici ? Tout part à l’abandon… Les bâtiments ont besoin d’entretien… Notre guide fait la vaisselle avant de s’en servir et ce n’est pas du luxe, vu la couleur de l’eau. Bah ! le thé est bouilli, et la soupe aussi ! Je suis mal à l’aise, car les moines prennent leur dernier repas à midi, puis jeûnent jusqu’au lendemain, nous ne pourrons donc partager notre pitance. D’ailleurs ils se font discrets tandis qu’on envahit leurs locaux. Wanna nous a préparé un repas génial, pris à la lueur des bougies, sous un ciel aux myriades d’étoiles comme on n’en voit plus chez nous… On nous aménage une petite pièce avec deux fenêtres sans vitres à côté du dortoir. Les nattes et couvertures qu’on nous donne sont tellement douteux que je sors mes paréos pour nous isoler ( ?) : nous dormirons tout habillés… Nuit pénible, froid, mais au petit matin la lumière exceptionnelle sur ce pan de montagne nous ravit…Wanna est encore aux fourneaux pour un petit-déjeuner costaud : pain perdu, œufs frits. Nous prenons congé de nos hôtes, laissés à leur destin, mais laissons notre maigre offrande, espérant améliorer ainsi un peu leur quotidien ? En retour, le moine nous donne du thé…Et c’est reparti, quatre heures de marches, dans des paysages superbes, bambous, cerisiers en fleurs, haies de poinsettias, champs de tabac,… Les enfants des villages nous font fête sur notre passage et arrivés dans le village de Wanna, chacun d’eux nous apporte une fleur avec un large sourire… La maison de Wanna est récente, il est marié depuis 4 ans et a un garçon de 16 mois. Celui-ci dort dans un hamac dans la pièce principale. A côté, la chambre à coucher réserve aux parents un peu d’intimité. La femme de Wanna s’affaire à la cuisine : au feu de bois aussi, mais celui-ci est surélevé : moins pénible…. Ils ont l’électricité. Une fois de plus nous nous régalons d’un super repas. Une fois de plus nous partageons nos petits cadeaux. Photos souvenirs, qu’on se promet de faire parvenir comme on pourra… Emotion de moments intimes partagés et de simplicité généreuse... Puis encore une heure de route, en observant au passage une exploitation de canne à sucre, avant de récupérer notre guide et notre bateau pour un retour à l’hôtel, où nous bénirons la douche bienfaitrice…Rencontre des Lauzol !
Le lendemain, on prend un bras de rivière sinueux pour atteindre In Dein, un énorme sanctuaire au couloir infini, bordé d’échoppes de souvenirs… Nous débouchons sur un ‘mini Bagan’ en ruines, plusieurs centaines de pagode à l’abandon, certaines en réfection, mais on a l’impression qu’on met des emplâtres sur une jambe de bois : ce ne sera sûrement pas construit pour durer, même si les feuilles d’or semblent tenir le tout…
Le lendemain matin, départ 6:30, nous assistons au lever du soleil sur l’eau fumeuse du lac, magique image, et refaisons une ultime fois, les yeux écarquillés, les 45 minutes qui nous mènent à l’embarcadère…Retour à Heho par la route toujours aussi animée et encombrée… Ce matin, de nombreux écoliers (chemise blanche impeccable et longyi vert), avec leur lunch box en métal, marchent ou circulent en vélo, à un ou deux sur le cycle…Envol pour Yangon…
Nous sommes de retour dans la grande ville, il fait chaud. Notre nouvelle guide est adorable et efficace : le temps de faire notre check-in, elle a bouclé la journée supplémentaire qu’on lui a réservée. L’hôtel nous conseille de ne pas utiliser leur téléphone : les appels n’aboutissent pas forcément au numéro composé, ou si le correspondant ne répond pas, il y a malgré tout facturation…De même des générateurs permettent de réguler l’électricité : celle-ci est coupée régulièrement dans la journée. Notre guide nous dit que les gens sont informés des heures de coupure et s’organisent alors en conséquence. Cela pose problème pour les privilégiés qui ont des frigos… Pour l’heure, direction Scott Market, un immense bâtiment de l’époque anglaise, regroupant quelques 1000 boutiques. On sent que le touriste est attendu : bijoux, marionnettes, laques, etc…Après le déjeuner pris dans un restaurant non réservé aux touristes vu le nombre d’autochtones (et pour moins de moitié prix de ce qu’on a jusque-là payé pour nos déjeuners…), notre guide nous emmène visiter une verrerie. Le propriétaire, dans un anglais impeccable, nous explique qu’il a choisi cet endroit car les souffleurs de verre ont besoin d’ombre pour se remettre des chaleurs du four. Mais c’est précisément ce qui a causé sa perte lors du cyclone de mai : son entreprise est un enchevêtrement d’arbres et de verrerie cassée, pourtant il ne désespère pas, et compte fermement reprendre la production. On voit mal comment dans l’état actuel des choses….Les autres sites touchés par cette tempête sont interdits de visite… Nous partons sur les bords de la rivière qui finit en delta. De nombreuses embarcations, pour 200 kyats, jouent le rôle de taxi entre les deux rives. Un ferry finit de charger passagers et cargaison pour descendre la rivière. Hommes et bagages s’entassent pêle-mêle pour un voyage de 12 heures. L’occasion pour les dockers de gagner quelque argent en portant sur leurs épaules des sacs (riz, ciment,…) parfois de 50 kg… L’heure avance et nous pénétrons dans l’enceinte de Shwé Dagon, emblème de Yangon. Elle est majestueuse et au soleil couchant prend des reflets orange flamboyants : 50 t d’or, et de nombreuses boîtes à offrandes bien garnies en billets. L’opulence choque en contraste avec la pauvreté rencontrée. C’est là tout le paradoxe de la population, prête à tous les sacrifices pour s’acheter une vie future meilleure… Un petit détour par Chinatown : grouillant et animé, les trottoirs bondés d’étals ou de cantines improvisées : ça sent bon ! Réveillon à l’hôtel (obligatoire), inoubliable : une garden party de 250 personnes, où nous ne connaissons personne ! Sur le thème de Casino Royale, nous avons quand même pris du bon temps au Black Jack ou au 421 !
Ce matin, départ pour Bago, à 70 km de Yangon, il nous faudra deux heures pour l’atteindre par une autoroute à péage : les bornes sont bien là, mais le péage se fait à une personne assise dehors sur une chaise en formica et une table en bois ! Comme partout, la route est défoncée, encombrée de pickups chargés de grappes humaines, énormes camions, vélos, carrioles… Arrêt au cimetière militaire des soldats tombés pendant la deuxième guerre mondiale (27000), puis nous allons assister au repas des moines du plus grand monastère de la ville : ils sont là, 1000, à la queue leu leu, et au coup de gong ils défilent devant les bénévoles qui distribuent dans leur bol du riz et d’autres offrandes amenées pour l’occasion. Dans le réfectoire ont été amenés curry de poulet et soupe, préparés en cuisine, qu’ils dévorent en silence pendant qu’un moine fait les annonces à la communauté, notamment énonce les manquements aux règles… Puis nous visitons la grande pagode, plus haute que celle de Yangon, tout aussi sereine. Enfin dans un autre temple, nous assistons à une cérémonie chamanique, où des hommes maquillés et habillés en femme chantent, dansent, invoquant les esprits au son de la musique tonitruante des instruments traditionnels… Après un déjeuner rapide, nous visitons le palais royal. Il a été reconstruit en béton et est majestueux de grandeur et d’ors, mais vide de meubles…et d’âme… Détour pour voir un bouddha couché de 43 m, puis arrêt dans une fabrique de cheroots : le travail répétitif de ces femmes n’amène guère de sourires sur leur visage las… Passage au marché : il y règne beaucoup d’activité, mais on s’y sent moins à l’aise que dans ceux visités auparavant : est-ce l’odeur de la ville, la rencontre avec des gens plus tristes à l’aspect plus pauvre ? A la sortie de la ville, arrêt pour admirer quatre énormes bouddhas assis, puis visite d’une poterie, où tout est fait à la main : pas de tour électrique, quatre étapes pour faire du pot une urne ventrue, la cuisson s’exerce par du bois et de la paille entassés autour des pots recouverts de paille et de glaise, elle va durer 4 jours. Puis peinturlurées de rouge, les poteries seront acheminées en ville… Retour à l’hôtel où nous croisons les Biguet !
Dernier jour : et on commence par un bouddha couché de 70 m, impressionnant…Tout autour des centaines de monastères, petits ou grands, pauvres ou riches. Nous pénétrons dans l’un d’eux et pouvons ainsi imaginer le quotidien de ces 40 moines, actuellement partis quémander leur nourriture. Un petit tour à pied en centre ville pour admirer les restes des bâtiments coloniaux, certains dans un état de décrépitude avancée, d’autres retapés pour un ministère ou un grand hôtel…Même l’hôtel de ville paraît rutilant, mais il vaut mieux ne pas regarder la façade arrière… Tout autour, sur le trottoir, plein de petits baraquements de fortune proposent sur des machines à écrire archaïques les services de frappe pour les papiers officiels : convocation d’AG, délégation de pouvoirs, actes authentifiés… Juste à côté, la pagode de Sulé, entourée de boutiques, comme autrefois nos églises. Non loin de là, nos pas nous mènent au quartier indien : animé, sale, les étals de viande ne donnent guère envie d’acheter, et pourtant il y a du monde et c’est ‘frais’ : on tue le poulet devant vous ! Dernier déjeuner dans un restaurant typique, où nous sommes seuls occidentaux : pour une somme modique, on choisit ses plats presque dans la cuisine, et on savoure encore cette cuisine birmane épicée et goûteuse. L’après midi nous emmène au National Village, un parc où est reconstitué l’habitat des différentes ethnies (135 en tout !) peuplant le pays. Certaines personnes ont revêtu l’habit traditionnel. Encore une pagode, puis une grotte, aménagée spécialement pour les congrès des moines. Aujourd’hui, pour l’occasion, elle est prête à accueillir 70 candidats passant l’examen pour le grade de moine supérieur, leur permettant de prendre en charge un monastère… Retour à l’hôtel, on boucle les bagages, puis aéroport. Notre guide nous accompagne jusqu’au bout et reste un bon bout de temps dehors derrière la vitre. Elle n’a jamais quitté son pays qu’elle a su si bien nous faire découvrir. Un pays fait d’images magnifiques et de gens au sourire qui fait chaud au cœur… Pour combien de temps encore pourrons-nous profiter de ce tourisme à image humaine ? Les businessmen sont déjà là, avec leurs pots de vin, prêts à tout dénaturer pour accueillir des bus entiers…Cela servira-t-il la cause de la population, qui a certes besoin de tourisme, mais pas à grande échelle…En ce qui nous concerne, nous sommes heureux d’avoir pu vivre ces moments forts et osons espérer qu’un peu de nos devises ira aux bonnes gens : ceux aux yeux généreux et au large sourire qui ont croisé notre route… |
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